Le village fantôme de PIROU

Publié le par :Lo

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"Le propriétaire de la maison louée pour les vacances, [...] nous raconte l’histoire du village fantôme de Pirou-Plage…"


En France, dans le Cotentin, Pirou. Un village qui compte au dernier recensement 1598  habitants, petite station balnéaire familiale où il fait bon vivre.


Eté 2010. Le propriétaire de la maison louée pour les vacances, une main sur le grillage du jardin qui sépare notre partie de la sienne, nous raconte l’histoire du village fantôme de Pirou-Plage.

 

120 villas construites en bord de mer, juste derrière la place du marché de Pirou-Plage. Un gros projet, avec hôtel-restaurant de luxe, piscine et tout le kit.


Oui, le type à l’origine du projet travaille toujours, on ne sait où. Un copain de Bouygues et compagnie. Un qui avait les banques derrière lui et qui, assuré d’avoir le permis de construire, a confié le chantier à un gars. Les maisons étaient vendues par lot de 3. Il fallait en payer une « catch ». Pas cher parce que la mise en conformité restait à la charge des acquéreurs.


Un chantier livré en un temps record, 6 mois. Ils avaient la pression. 120 maisons terminées, sans raccordement à la voierie, ni à l’électricité, ni au tout-à-l’égout, juste posées sur le sable.


Le permis de construire a finalement été refusé. Il y a plein d’artisans de la région qui ont fait faillite. Ils n’ont jamais été payés. Ils sont venus récupérer ce qu’ils pouvaient. Quand ça s’est su, les gens du coin s’y sont mis aussi. Les flics se sont installés au rond-point à l’entrée de Pirou pour arrêter les voitures avec remorques et les obliger à retourner les matériaux là où ils les avaient pris.


J’étais allé voir une maison avec ma femme. La maison témoin, celle du bout, vers la plage. Superbe, avec radiateurs aux murs, papier peints, baignoire, robinets, tout. Et de la belle baraque avec ça. Heureusement qu’on l’a pas fait. Sans compter que la station d’épuration de la commune n’était pas conçue pour gérer autant d’habitations. Aujourd’hui oui peut-être, mais à l’époque en tout cas, non.


Et c’est pas terminé. Le procès est toujours en cours. La mairie rachète les maisons au fur et à mesure pour essayer d’indemniser les propriétaires. 80 aux dernières nouvelles. Mais ça ne vaut plus rien.


En plus, entre-temps, le siporex a été classé produit toxique, alors il faudrait lancer un chantier pour l’enlever … Qui va le faire ? ça coûte une fortune des chantiers comme ça. Non, c’est pas fini.


* * *


La mairie ne communique pas sur le quartier. Les touristes viennent s’y promener, pour le moins interloqués. Les graffeurs mettent de la couleur sur les murs. Le siporex a été sculpté.


Celui-là a grandi à Pirou. Aujourd’hui, il pose une grande fresque pour rendre hommage à ces murs devenus familiers. A la rentrée il partira, pour étudier et devenir architecte.


Texte © Berenice Gouley - Photos ©www.laurentollier.com


A Pirou, il y a aussi un festival de poésie :

www.pirouesie.net



Publié dans Vie courante

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